La Boîte noire vide n’est, au départ, rien d’autre de plus que ce qu’elle énonce. La tautologie qui fait se confondre l’objet et sa désignation par le langage et qui se joue de l’écart qu’il y a entre le réel et sa représentation, permet à Ben de dire la vérité (ici de façon particulièrement objective). Affirmé à travers l’écriture enfantine, et apparemment appropriée à la naïveté de ce qu’elle exprime, dire la vérité (sur l’art, la vie, le monde…) constitue le principe revendiqué comme fondateur de sa démarche. Mais la Boîte noire vide est avant tout « un Ben » à la signature caractéristique, véritable pied de nez à toutes les « autres boîtes » de l’art.
Dans cette œuvre très simple et presque dérisoire, Ben s’appuie sur le langage, pour énoncer à sa manière - faussement naïve - l’une des questions centrales posées à l’art contemporain : « Où est la différence ? Entre ce bout de papier (visiblement encadré et exposé), et le même bout de papier (traînant) par terre ? » Ainsi clairement posée (n’en déplaise à ceux qui y opposeront que n’importe quoi fait art), la question est évacuée : exit les notions de sacré, de beau et de bien fait longtemps prêtées à l’art, exit la question de l’écart entre le réel et sa représentation, le travail de l’art se veut total, abolissant tout différence entre l’art et la vie.
Notice FRAC Poitou-Charentes/ID